RENCONTRE AVEC LE CADRE NOIR EN 2020 : LA VIDÉO DE NOTRE DISCOURS

Les membres fondateurs du Collectif Pour les Chevaux ont été reçus à Saumur pour une rencontre avec les instances de l’IFCE, le 17 juillet 2020.

Les membres du collectifs ont exprimé leur indignation de constater l’utilisation de l’hyperflexion par des écuyers du Cadre Noir ; ils estiment  que ces derniers ont pour mission de promouvoir l’Équitation de Tradition Française, classée par l’UNESCO comme patrimoine immatériel de l’humanité car le Cadre Noir s’en est porté officiellement garant. Or le travail en  hyperflexion est incompatible avec les principes-mêmes de l’ETF. Le Cadre Noir n’honore donc ni sa mission à l’égard de l’UNESCO ni la mission de l’IFCE qui est de promouvoir et enseigner seulement les pratiques garantissant le bien-être des chevaux.

Le collectif remercie Patrick Galloux, écuyer du Cadre Noir et responsable de la recherche à Saumur, d’avoir mis tout en oeuvre pour que cette rencontre puisse se dérouler. Restant fidèle aux principes équestres qui lui ont été transmis à Saumur à son arrivée en 1980, il est inquiet des dérives actuelles et du manque de connaissances des cavaliers, avec leurs impacts sur le bien-être et la santé des chevaux. Il a d’ailleurs récemment conduit des études sur l’impact de l’hyperflexion et du serrage des muserolles. Patrick Galloux est un ancien cavalier de haut niveau qui a couru, à plusieurs reprises, les CCI de Badminton et de Burghley, il est titulaire d’un BEES 3 degré (écuyer professeur), d’un diplôme d’ingénieur et d’un doctorat en bio mécanique et a publié plusieurs ouvrages sur le concours complet.

Un extrait de la présentation du Collectif lors de cette rencontre, est visible ci-dessous.

Elle a été suivi de celle de Patrick Galloux, qui voulait témoigner des réflexions engagées à Saumur sur l’hyperflexion et plus généralement sur le bien-être animal en relation avec la pratique équestre. Il souhaite contribuer à l’abolition de toutes les pratiques déviantes par la formation des cavaliers (formateurs et stagiaires) et par leur participation à des études scientifiques afin de mieux les convaincre.

S’en est suivi un débat animé mais cordial entre les instances du Cadre Noir (dont l’Ecuyer en chef, M. Teisserenc), de l’IFCE et les membres du collectif.

Étaient présents, pour l’IFCE :

  • M. Galloux, écuyer du Cadre noir et responsable du plateau technique « Recherche et Développement » du site de Saumur, auteur avec son équipe, de travaux de recherche, notamment sur l’hyperflexion, et de la « fiche équipédia » concernant l’hyperflexion.
  • M. Teisserenc, écuyer en chef du Cadre Noir.
  • M. Jean-Paul Largy, maître de manège du Cadre Noir.
  • M. Olivier Puls, seul écuyer titulaire du diplôme universitaire en éthologie.
  • Dr. Isabelle Burgaud, vétérinaire et ostéopathe de la clinique vétérinaire du site de Saumur.
  • M. Olivier Legouis, responsable du site de Saumur.
  • Mme Frédérique Mercier, chargée de communication du Cadre Noir.
  • Mme Laetitia Boichot, titulaire du diplôme universitaire en éthologie, membre du service de M. Galloux.
  • M. Benoit Pasquier, ingénieur de recherche,  membre du service de M. Galloux.
  • Également présente, à la demande de Dr. Vétérinaire Eva Van Avermaet, Mme Marquenet, journaliste, pour assurer la neutralité d’un compte-rendu écrit et informer le public de cette rencontre.

Un article concernant cette rencontre et concernant la problématique de l’hyperflexion et les dérives du dressage moderne, a été écrit par les membres du Collectif et sera disponible très bientôt.

Texte de la présentation du Dr. Vétérinaire Eva Van Avermaet, du Collectif Pour les Chevaux, lors de la rencontre avec le Cadre Noir le 17 juillet 2020:

“Bonjour à toutes et à tous, nous vous remercions pour avoir bien voulu accepter notre demande de rencontre. Nous sommes ravis de pouvoir échanger nos points de vu sur la problématique de l’hyperflexion avec vous.

Nous espérons trouver, ensemble, des solutions pour mettre un terme à l’utilisation de cette pratique, non seulement en France, mais dans le monde entier.

Nous espérons que le Cadre Noir saura saisir cette chance de jouer le rôle de précurseur dans ce changement tant attendu et nécessaire, pour les chevaux.  

Le Cadre noir est le gardien de l’Équitation de Tradition Française, forme les futurs instructeurs d’équitation et mène avec l’IFCE, des recherches sur le bien-être du cheval. L’utilisation de l’hyperflexion est inconcevable dans une telle institution.

Les écuyers qui utilisent ce procédé, reconnu nuisible à la santé physique et mentale du cheval, malmènent leurs chevaux, rendus impuissants. Ils discréditent leurs collègues écuyers et nuisent à l’image du Cadre Noir en France et dans le monde entier. Ils réduisent à néant tous les efforts des moniteurs et enseignants en dehors du Cadre Noir, qui souhaitent enseigner et répandre les principes d’une équitation juste.   

Des solutions à ce problème s’imposent.

Continuer à nier en public l’utilisation de l’hyperflexion au Cadre Noir, ne fait que contribuer au déclin de votre crédibilité. Nous avons partout où nous regardons, des preuves, que ce soit ici sur place, ou dans les reportages que l’on peut trouver sur votre site web.

Vous vous en doutiez qu’en invitant mon groupe ici aujourd’hui, nous allions inévitablement soulever cette question, qui est, nous pouvons le comprendre, un vraie casse-tête pour vous. Nous vous remercions d’autant plus d’avoir osé relever le défi. 

Cela nous donne à tous ici, l’espoir que vous serez capable de remédier à ce fléau, dans vos propres rangs avant tout, pour pouvoir ensuite donner le bon exemple aux autres centres de formation, et aux cavaliers du monde entier.

En 2014, presque 70 % des cavaliers d’épreuves amateurs, et jusqu’à 50 % des cavaliers de niveau Grand Prix et Olympique utilisaient l’hyperflexion. Au Cadre Noir, aujourd’hui, ce pourcentage est de 3 à 50 %, selon mes différentes sources sûres. Sources sûres qui ont été qualifiées de « nulles » par un juge internationale. Par la même occasion, ce juge a essayé de nous faire croire que l’hyperflexion n’existe plus aujourd’hui, que nous avons un train de retard avec notre combat. Si ce  juge avait la moitié du courage que vous avez tous ici, les chevaux s’en porteraient bien mieux. Ces dires ne font que souligner une des raisons principales de la persistance de ce fléau : le référentiel donné aux juges. Le cheval avec le chanfrein en arrière de la verticale est devenu la norme. La majorité des chevaux sur une grande partie des reprises présentées sont dans cette attitude, et ce à tous les niveaux. Tant que les juges n’auront pas intégré que l’hyperflexion commence quand le chanfrein est en arrière de la verticale, cette pratique déviante aura de beaux jours devant elle. 

Peut-on se féliciter du fait qu’au Cadre Noir le pourcentage est plus bas qu’en dehors du Cadre Noir ? Non, car ce pourcentage devrait être à zéro. D’autant plus que le taux de non-décrochage de vos élèves moniteurs, une fois lancés dans le monde du travail, est de loin le plus haut ; relativement, l’impact que vos écuyers pratiquants, ont sur les futurs moniteurs et par conséquent sur les futurs cavaliers en France, est donc énorme.   

Je tiens à remercier la délégation de notre groupe qui a su s’organiser pour être ici présente aujourd’hui. Je vous remercie pour votre mobilisation sur une si courte échéance, pour votre enthousiasme et votre investissement.

4) Les dérives liées directement à l’invention du Rollkur :

De nombreuses dérives sont apparues depuis l’utilisation généralisée du rollkur.

Les allures sont dénaturées. Pour  citer M. Karl : « Conséquences les plus fréquentes : des pas amblés, des trots passagés, des passages ataxiques, des piaffers contrefaits, etc. »

Lors des compétitions de niveau Grand Prix, on voit fréquemment des piaffers dé-diagonalisés. Parfois même, les piaffers sont avortés puisque le cheval ne peut pas comprendre l’utilisation simultanée et  incessante des mains et des jambes. Le cheval abandonne la recherche de réponse et s’immobilise. Si les actions d’éperons et de mains augmentent alors encore en intensité et en fréquence, pour obliger le cheval à se mobiliser, malgré cette incompréhension, il se rebelle.

Satchmo de Isabelle Werth, par exemple se rebelle face à une telle incompréhension mutuelle, entre cavalier et cheval lors des jeux olympiques de 2008 de Pékin. Malgré une preuve sans équivoque de l’absence totale d’harmonie, légèreté, et tact équestre, les juges octroient une deuxième place à cette démonstration [vidéo] L’explication de notre fameux juge ayant assisté à ce moment, était que les chevaux avaient tous eu peur d’un grand écran visible de l’endroit où Satchmo se rebelle.

Beaucoup de cavaliers utilisant le rollkur comme méthode d’entraînement, n’arrivent même plus à obtenir des arrêts corrects, le cheval se trouvant jeté sur l’avant-main, les postérieurs loin derrière. La perte d’équilibre se traduit également par des arrêts impossibles à tenir. Nous sommes alors loin des 3 secondes d’arrêt demandées.

Trop souvent, toutes ces fautes graves sont tolérées par les juges.

Une des dérives bien connues est la recherche de plus en plus poussée des allures spectaculaires, les chevaux gesticulant de façon spastique avec leurs antérieurs, pendant que les postérieurs restent loin derrière. La recherche frénétique d’allures spectaculaires pousse le marché à demander aux jeunes chevaux un travail d’une intensité bien au-delà de leur capacités. Demander le trot d’extension à un cheval de 3 ans, est prématuré. Si de surcroît le cavalier reste assis dans la selle, se penchant lourdement en arrière, réduisant le cadre pour forcer le cheval dans un faux ramener, nous sommes loin, très très loin, de l’utilisation correcte de l’échelle de progression.

Pour éviter que le cheval ouvre sa bouche dans la position de l’hyperflexion, les muserolles et « nosebands » ont été de plus en plus serrées. Les cessions de mâchoire, et la décontraction ne font plus partie du langage de ces cavaliers. Actuellement on assiste sur les réseaux sociaux à de nombreuses dénonciations concernant cette dérive, et un amalgame regrettable conduisant vers l’interdiction de l’utilisation d’un mors.   

Le liant de l’assiette du cavalier est un leurre puisqu’il n’est maintenu dans la selle que par cette traction sur la bouche, et l’appui en parallèle des jambes sur les taquets et les étriers, faisant office de levier. Parmi les nombreux militants contre l’hyperflexion, cette position improbable est appelée « ski-nautique ». Les grands taquets sur les selles de dressage sont d’ailleurs issus de cette pratique ; ils permettent au cavalier de quadrupler la force exercée sur la bouche du cheval.

Nous sommes loin de la tension élastique et moelleuse sur les rênes.

La réglementation de la FEI stipule qu’à aucun moment le chanfrein devrait passer derrière la verticale. Sous la pression des plus grands cavaliers, adeptes du rollkur, la FEI a adapté ses réglementations, en acceptant sur le terrain d’échauffement, pendant maximum 10 minutes continues, les positions Low Deep R ound et Long Deep Round, mieux connues sous l’abréviation LDR. Cette adaptation a été la porte ouverte à l’utilisation généralisée de l’hyperflexion, pourtant démontrée nuisible pour les chevaux.

5) La recherche de solutions pour arrêter l’utilisation de l’hyperflexion et toutes ses dérives, passe par la compréhension des raisons pour lesquelles tout ça perdure depuis 20 ans déjà.

Choqués par ces méthodes, nous avons été très nombreux à déserter les terrains de concours il y a bien longtemps, ne souhaitant pas assister à ce spectacle sordide. Ces dérives ont pu ainsi s’installer confortablement sans résistance notable.

Le public qui a continué à suivre ces compétitions, est insuffisamment informé et n’y voit que du feu. Au contraire, les allures de plus en plus spectaculaires plaisent à tout le monde.

Les juges ont une grande responsabilité. Ce sont eux qui donnent les notes, ce sont eux qui décident de faire briller les robots lobotomisés, et de déclasser les athlètes heureux.

La presse hippique a suivi le mouvement, mettant en avant les images les plus choquantes comme étant les plus magnifiques. Le public n’est pas seulement ignorant, mais croit que ces images omniprésentes dans la presse, représentent l’équitation juste.

Nous voudrions attirer votre attention sur le fait que vous contribuez également à la publicité de cette mauvaise équitation. L’ignorance du public ne doit pas être une excuse pour continuer impunément à pratiquer l’hyperflexion dans la grande carrière d’honneur de l’ENE. Au contraire, éduquer votre public, qui vient nombreux à vos galas, vos visites guidées, et vos colloques, pourrait devenir votre cheval de bataille.

À ce titre, nous faisons remarquer à l’assemblée que les travaux de Mr. Galloux devraient se trouver à la une de vos sites web. Aujourd’hui, la fiche équipédia est accessible pour celui qui la recherche activement, mais est totalement invisible au public. Il serait judicieux également de traduire cette fiche en anglais, pour favoriser une diffusion plus large.

Les formateurs adeptes de ces pratiques, forment des moniteurs qui forment à leur tour des cavaliers. Même la personne la plus bienveillante malmène son cheval, sans le savoir, parce que son coach a dit que c’est ainsi que le cheval doit être tenu.

La pression économique est double :

D’un côté le commerce a évidemment dû suivre le mouvement ; la recherche de chevaux ayant des allures de plus en plus spectaculaires prime sur la recherche de chevaux ayant un bon équilibre. Par ricochet, les éleveurs sont obligés de répondre à cette demande.  

De l’autre côté, un débourrage bien mené, respectant l’intégrité physique et morale de l’athlète cheval, nécessite beaucoup de connaissances, de temps et de patience. Le temps c’est de l’argent, et le système compétitif pousse vers des débourrages accélérés et donc forcément ratés. Outre le fait que la méthode est plus rapide, elle est également beaucoup plus simple à appliquer et nécessite aucune notion de principes équestres ni de biomécanique.  

Mais finalement, il restera toujours ce problème d’ego démesuré de certains cavaliers et leur besoin de prise de pouvoir sur cet animal si noble. Nous avons là sans aucun doute le plus grand obstacle à surmonter.

La dénonciation de mauvaises pratiques est souvent impossible à cause de la complexité des relations humaines ; on a souvent peur de perdre son poste ou de se faire mal voir par ‘les autres’. “

Le discours pré-enregistré était un texte de Mme. Emilie Haillot https://www.ecuriesdeconnivence.fr/