L’ORIGINE DU COLLECTIF

Le Collectif Pour les Chevaux a pour origine une alerte lancée sur les réseaux sociaux, début 2020, par le Dr. Vétérinaire Eva Van Avermaet, concernant l’utilisation de l’hyperflexion au sein du Cadre Noir.

Le Collectif Pour les Chevaux s’est formé à la suite de cette dénonciation. Il regroupe des cavaliers et des professionnels de la filière équine (enseignants et professionnels de santé), qui souhaitent mettre fin à la persistance de pratiques équestres maltraitantes, dont l’hyperflexion, autant chez les amateurs que les professionnels au plus haut niveau.

Les membres du Collectif sont toutes et tous sur un pied d’égalité : « Nous ne participons pas aux gueguerres des différents courants et disciplines d’équitation, car ces querelles incessantes contribuent au maintien de l’hyperflexion. Ce qui importe à chacun d’entre nous, ce sont les chevaux, pas nos ego ni nos appartenances.

Nous sommes un groupe d’individus, réunis dans le même but : l’abolition de l’utilisation de l’hyperflexion sous toutes ses formes.

Nous ne ferons pas de concessions sous la pression des grands cavaliers influents, comme l’a fait la FEI. Nous n’acceptons pas les positions de LDR que la FEI a octroyées aux rois et reines du Rollkur, pendant 10 minutes lors de l’échauffement. Cette absurdité est la porte ouverte à l’acceptation généralisée des dérives du dressage moderne.

Notre Collectif n’est qu’un infime échantillon de la foule de cavaliers et enseignants qui ne supportent plus de voir des pratiques honteuses si largement répandues. Nous sommes très nombreux à souhaiter que l’Équitation de Tradition Française, basée sur la légèreté et le respect de l’intégrité physique et mentale du cheval, soit de nouveau enseignée et pratiquée partout en France. »

Les membres fondateurs du Collectif Pour les Chevaux ont été reçus à Saumur pour une rencontre avec les instances de l’IFCE, le 17 juillet 2020.

Le collectif remercie Mr. Patrick Galloux, écuyer du Cadre Noir et responsable de la recherche à Saumur, d’avoir mis tout en oeuvre pour que cette rencontre puisse se dérouler. Restant fidèle aux principes équestres qui lui ont été transmis à Saumur à son arrivée en 1980, il est inquiet des dérives actuelles et du manque de connaissances des cavaliers, avec leurs impacts sur le bien-être et la santé des chevaux. Il a d’ailleurs récemment conduit des études sur l’impact de l’hyperflexion et du serrage des muserolles. Patrick Galloux est un ancien cavalier de haut niveau qui a couru, à plusieurs reprises, les CCI de Badminton et de Burghley, il est titulaire d’un BEES 3 degré (écuyer professeur), d’un diplôme d’ingénieur et d’un doctorat en bio mécanique et a publié plusieurs ouvrages sur le concours complet.

Il souhaite contribuer à l’abolition de toutes les pratiques déviantes par la formation des cavaliers (formateurs et stagiaires) et par leur participation à des études scientifiques afin de mieux les convaincre.

Le Collectif souhaite rencontrer les organismes responsables des formations des enseignants, les organismes des juges, la FFE, la FEI, et informer les cavaliers professionnels et amateurs, les professionnels de la santé de la filière équestre, le public et les sponsors des événements équestres et les médias, des effets nuisibles de l’hyperflexion sur les chevaux, dans l’espoir de pouvoir enfin mettre un terme à ce fléau.

Les passeurs

Les passeurs : les personnes que nous rencontrons au cours de notre vie qui nous transmettent les principes de la belle équitation respectueuse envers les chevaux…

 

J’ai eu la chance d’avoir pu démarrer l’équitation dans un club, dont les propriétaires étaient très respectueux envers leurs poneys. C’étaient mes premiers passeurs.

Nous faisions des « camps », vous savez, ces semaines de vacances entières, en immersion totale, jour et nuit, avec les poneys. Les nourrir le matin avant de déjeuner nous-mêmes, les soigner, les tirer aux 4 épingles pour chaque leçon, les emmener au champ à cru, jouer avec eux, apprendre la vie avec eux, entourés par une famille d’enseignants-propriétaires ultra-bienveillants.

Je n’y ai jamais vu d’enrênements, jamais de poneys hyperfléchis. Les premières leçons au pas se faisaient à la longe, les premières leçons du trot également, et les premières leçons du galop se passaient à la longe aussi. Nous n’avions pas le droit de trotter tant que nous ne maîtrisions pas notre assiette et nos mains au pas, et on ne galopait pas tant qu’on ne maîtrisait pas notre assiette et nos mains au trot. Aucun parent ne se plaignait qu’au bout de deux ans, l’enfant n’avait toujours pas galopé. C’était normal ; on respectait le dos et la bouche des poneys.

C’était il y a 30 ans.

Quand on est dans une démarche de bien-être animal, une fois mis dans la bonne voie, on est plus enclin à rester dans la bonne voie, si on met le respect pour les chevaux devant le besoin de gagner des médailles ou le besoin de briller en société.

Quand on a connu la sensation du cheval bien mis, calme, en avant, droit, on recherche ces sensations ensuite, auprès de passeurs qui vous apprennent à vous arrêter quand le cheval exécute bien l’exercice demandé, à décomposer l’exercice quand le cheval n’y arrive pas, à ne pas harceler le cheval en répétant constamment le même exercice, à faire les descentes de mains, les descentes de jambes, le timing, les félicitations, les encouragements, … On cherche à monter beaucoup de chevaux, non seulement des chevaux bien éduqués et instruits mais également des chevaux moins avancés dans le travail équestre, ou des chevaux peureux en extérieur, sans oublier ceux qui ont été mal instruits, mal compris, devenus de ce fait, très délicats.

Je ne me rappelle pas avoir vu quelqu’un lever la voix ni la main contre un poney ou un cheval, pendant toute ma jeunesse. Je me rappelle clair et net que la muserolle, ne se serrait pas ; toujours deux doigts entre la muserolle et l’os de la mâchoire inférieure. Je ne me rappelle pas avoir vu des chevaux en hyperflexion.

Par contre, je n’oublierai jamais la détresse que je voyais, quand le grand terrain derrière le club était loué le week-end, pour des concours de CSO. Consternés, nous regardions des cavaliers plus brutaux les uns que les autres, faire leurs tours dans une équitation à l’opposée totale de ce que j’avais appris. Mes passeurs me mettaient en garde, à l’instar de la phrase de Nuno Oliveira « Si vous êtes intéressé uniquement par le score, si c’est votre seul critère de succès ou d’échec, mon équitation ne vous intéresse pas. »

Arrivée en France, j’étais loin de ma famille et mes amies, loin de mes passeurs. Je me suis plongée dans les livres.

Je lisais Nuno Oliveira, et tant d’autres, émue, reconnaissant les sensations qu’ils décrivaient, me renvoyant à une jeunesse passée à dos du cheval. Je lisais aussi les livres de Véronique de-Saint-Vaulry et Pat Parelli, et tant d’autres auteurs, qui mettaient des mots clairs sur ce que mes enseignants m’avaient appris jusque là et sur beaucoup de choses que je faisais d’instinct. Les livres ne suffisent pas, bien évidemment, il faut mettre en pratique, se former encore et toujours lors de cours et de stages. Les bons professeurs et leurs chevaux d’école sont d’une importance inestimable.

Les débourrages, monter des jeunes chevaux, ou des chevaux gâtés par un entraînement mal mené, il faut de tout pour faire un cavalier. Faire des fautes aussi, se mettre en question, et se corriger. 

En même temps, à travers mon métier de vétérinaire, je découvrais avec stupeur, les coulisses du monde de certains chevaux de courses et de compétition. Les punitions, le non-respect du bien-être animal, l’entraînement mal mené, voire violant, les enrênements en veux tu en voilà, les traitements médicaux d’un autre temps, les traitement médicaux dernier cri aussi, le cheval machine, le cheval ustensile, le cheval maltraité, l’argent, les esprits tordus, les chaînes de vélo sur les chanfreins, les piles électriques pour empêcher un cheval de paddocker, les clous dans les guêtres, les barres trafiquées…

Lors de mes visites je voyais des cours d’équitation dans certains clubs, à l’opposé de ce que j’avais connu étant gamine. Les enfants y galopaient dès le deuxième cours, malmenant inconsciemment, involontairement, les dos et les bouches des poneys qu’ils adoraient pourtant. Les moniteurs comprenaient mon désarroi, mais ils n’avaient pas le choix, me disaient-ils, le système était ainsi fait. Le commerce, l’argent, toujours l’argent. Arracher un parcours de saut d’obstacle pour plaire aux parents, arracher un faux placer pour plaire au public et aux juges, serrer encore plus les muserolles et les enrênements pour assurer le coup, et s’enliser inévitablement dans le marécage de la maltraitance par ignorance.

J’apprenais à me taire.

Surtout tu te tais Eva, tu fermes ta grande gueule de cavalière bienveillante.

Le temps que j’ai perdu pour les chevaux, à fermer ma gueule sur commande.

Se taire et complaire, par nécessité économique.

Non-assistance systématique de chevaux en danger.

Si quelqu’un me dit un jour que j’ai été lâche, je dirai que je l’ai certainement été, si quelqu’un m’accuse un jour d’avoir été une timorée, je n’aurais pas d’autres choix que d’avouer que je l’ai été. Car j’avais tous ces chevaux sous mon nez, pendant toutes ces années, et je n’ai rien fait, ou si peu, en tout cas pas assez, pour les aider.

Je voyais des chevaux hyperfléchis partout où j’allais, dans les écuries privés, dans les écuries professionnelles, dans les clubs, dans les centres de formation, sur la toile, dans la presse, absolument partout. Je n’avais nul besoin de lire ces études qui prouvent la nuisance de tout ça ; c’est tellement évident pour quelqu’un qui a eu une éducation où la santé mentale et physique du cheval était centrale.    

J’avais comme seule consolation le constat qu’il y avait tout de même des professionnels et des amies qui maintenaient dans ce monde de brutes, des îlots de respect pour le cheval, résistants à l’influence écrasante de la machine du système des courses et des compétitions.

Et puis un jour, en 2019, je suis retournée au Cadre Noir. Le hasard avait voulu que j’y avais croisé Véronique de-Saint-Vaulry quelques années auparavant, lors d’un des colloques que j’avais suivi. Nous nous étions déjà indignées, à l’époque, devant des écuyers à l’entraînement dans la grande carrière, sur des chevaux affreusement encapuchonnés.

Cette fois ci, en 2019, c’était bien pire. L’évolution n’avait pas été dans la bonne direction, pour sûr, la compétition s’en était, là aussi, mêlée. Le LDR et le Rollkur avaient fait tomber le dernier rempart, le rempart des hommes en noir… La phrase qu’un homme très influant, interne au Cadre Noir, m’avoua plus tard, restera à jamais gravée dans ma mémoire : « Certains écuyers sont passés du côté obscur de la force ».   

Consternée, choquée, j’ai pensé à tous mes passeurs, à tous les enseignants que j’ai eu la chance d’avoir croisé, écouté et observé. Je pensais à tous ces gens, comme la plupart d’entre vous, qui passent leur temps à transmettre la belle équitation. Qui s’attellent à ramer contre ce ras de marée d’hyperflexion et autres dérives, jour après jour, sans jamais céder à la facilité de cette équitation d’hypersoumission.

Tous ces efforts réduits à néant par ces hommes en noir, pliant leurs chevaux en quatre. 

Si même les écuyers du Cadre Noir montent comme ça, tous nos efforts ne suffiront jamais pour rectifier le tir lancé il y a 30 ans par ces Werth, Van Grunsven, Gal et consortes.

Mon intention, avec ce Collectif, n’a toujours été que d’arrêter ce massacre.

Je veux tirer la sonnette d’alarme et par la même occasion SURTOUT CONTINUER LA TRANSMISSION DE L’INFORMATION, donner de la voix aux chevaux, mais aussi aux passeurs que nous sommes.

Nous passons notre vie à convaincre les gens bienveillants à utiliser une équitation respectueuse, et le système essuie d’un revers de main, tout ça , systématiquement, quotidiennement et sans relâche. Sans pitié pour les chevaux. À l’encontre de tout ce qui est écrit dans les livres, dans les manuels, et à tout ce que les scientifiques démontrent. À l’encontre même des réglementations de la FEI, qui ont été écrites pour protéger les chevaux, pour protéger leur santé mentale et physique contre l’abus.

Alors oui, je dénonce le système perverti, oui je dénonce ceux qui l’ont créé et ceux qui le perpétuent.

Je dénonce, mais je démontre aussi ; il ne suffit pas de crier au loup, il faut aussi expliquer pourquoi  on dénonce, pour que les cavaliers bienveillants ne perdent pas une miette de l’information que nous nous efforçons à diffuser par la même occasion. Pour qu’ils aient le choix entre l’équitation respectueuse que nous encourageons et l’équitation que nous dénonçons. Pour qu’ils comprennent que l’équitation que nous dénonçons n’est pas la seule option et qu’il y a de bien meilleurs moyens de procéder avec les chevaux.

Que ceux qui m’accusent d’inciter à la haine, arrêtent déjà d’inciter à la maltraitance.

Pour les Chevaux, les Passeurs, et les Cavaliers Bienveillants.

Eva Van Avermaet, membre du Collectif Pour les Chevaux.

« Non je ne maltraite pas, car d’autres font comme moi, et regardez, les médailles brillent et s’accumulent.

Telle est à chaque fois la réponse apportée aux dénonciations du Collectif Pour les Chevaux.

Mal traiter, traiter mal. On peut mal traiter lorsque l’on est dans l’ignorance.

Mais professionnellement, quand on travaille avec du vivant, est- ce que l’ignorance est une circonstance atténuante ? N’a t-on pas seulement le devoir de se former si ce n’est de s’informer ?

L’ignorance n’est elle pas alors une faute professionnelle ?

Dans le cas présent elle fait plutôt figure d’aveux.

Car quand la science apporte la connaissance sans nuances, si on la balaie d’un revers de la main sous prétexte d’habitude – ou d’une sale manie, est-on un bon professionnel ?

Qui sait doit faire savoir, et qui ne dit mot consent.

Alors quand on traite mal un cheval par l’entraînement qu’on lui donne, alors que l’on est informé que c’est mal, alors on instaure et on perpétue seulement de la maltraitance. »

Amélie Charlie, pour le Collectif Pour les Chevaux